Décrypter un titre de presse
Un titre n'est pas un résumé. C'est un texte écrit pour attirer l'attention en quelques mots, dans un espace contraint, et il obéit à des règles propres qui ne sont pas celles de l'article.
Dans un fil d'actualité agrégé, le titre est souvent tout ce que l'on lit. Savoir ce qu'il peut et ne peut pas dire évite un grand nombre de contresens.
Qui écrit le titre
Contrairement à une intuition répandue, le titre n'est généralement pas écrit par l'auteur de l'article mais par un secrétaire de rédaction ou un éditeur. Cette division du travail est ancienne et parfaitement normale.
Elle a une conséquence pratique : un écart entre un titre spectaculaire et un article nuancé n'indique pas nécessairement une intention de tromper. Il peut simplement résulter de la contrainte de place et du travail de deux personnes différentes.
En ligne, le titre affiché sur la page d'accueil, celui de l'article et celui du flux RSS peuvent différer, chacun étant optimisé pour son contexte.
Les procédés d'écriture les plus courants
Le conditionnel. Serait, aurait, pourrait signalent explicitement une information non confirmée. C'est une précaution honnête, mais elle disparaît souvent dans les reprises et les commentaires, transformant une hypothèse en affirmation.
Les guillemets. Ils indiquent une citation et n'engagent que celui qui parle. Un titre entre guillemets rapporte des propos, il n'affirme pas que ces propos sont exacts.
La question. Un titre interrogatif permet d'évoquer une hypothèse sans l'affirmer. Il est légitime quand la question est réellement ouverte, beaucoup moins quand la réponse est connue et négative.
L'ellipse du sujet. Une formulation impersonnelle laisse dans l'ombre qui agit ou qui affirme. Cette information figure normalement dans l'article.
Le chiffre isolé. Un nombre sorti de son contexte frappe l'attention. L'ordre de grandeur, la base de comparaison et la source figurent dans le texte, pas dans le titre.
Titre et contenu : vérifier l'écart
Le réflexe le plus rentable consiste simplement à ouvrir l'article et à chercher, dans les premiers paragraphes, l'affirmation contenue dans le titre.
Trois cas se présentent. L'article confirme le titre avec ses sources : tout va bien. L'article nuance fortement le titre : c'est un signal fréquent et il faut retenir la version de l'article. L'article ne contient pas du tout l'affirmation du titre : c'est un problème sérieux, qui justifie de se méfier de la source.
Sur les réseaux sociaux, une part importante des partages porte sur des articles qui n'ont pas été ouverts. C'est précisément ce qui donne aux titres trompeurs leur efficacité.
Comparer les titres d'un même événement
C'est l'exercice le plus instructif que permet un fil agrégé. Quand plusieurs rédactions couvrent le même fait, comparer leurs titres met en évidence les choix éditoriaux.
Observez ce qui varie : le verbe employé, l'acteur mis en position de sujet, ce qui est retenu de l'événement, ce qui est laissé de côté. Ces écarts ne sont pas des erreurs, ce sont des décisions.
Observez aussi ce qui ne varie pas : le noyau factuel commun à tous les titres est en général ce qui est le mieux établi.
La page d'accueil d'Olnews est conçue pour rendre cette comparaison immédiate, puisque les titres de rédactions différentes y figurent côte à côte.
Distinguer information et opinion dès le titre
Certains indices permettent de repérer un texte d'opinion avant même de l'ouvrir : la présence d'une première personne, un jugement de valeur explicite, une formule de tribune, ou une rubrique clairement identifiée comme débats, chroniques ou éditorial.
Un texte d'opinion n'est pas moins intéressant qu'un article d'information, mais il ne s'évalue pas selon les mêmes critères. On juge une information sur son exactitude, une opinion sur la solidité de son argumentation.
La confusion entre les deux registres est l'une des sources les plus fréquentes de malentendus dans le débat public.

