Vérifier une information avant d'y croire

Une information circule aujourd'hui bien plus vite qu'elle n'est vérifiée. Entre le moment où un fait est rapporté et celui où il est confirmé ou démenti, il s'écoule souvent plusieurs heures pendant lesquelles des milliers de reprises se sont produites.

La vérification n'est pas réservée aux journalistes. Cinq réflexes, applicables en quelques minutes sans outil particulier, permettent d'écarter la grande majorité des informations douteuses.

1. Remonter à la source d'origine

La première question à se poser n'est pas si c'est vrai mais qui le dit en premier. Une information reprise par vingt sites qui citent tous le même message initial reste une information à source unique.

Concrètement : cherchez dans l'article le lien ou le nom qui désigne l'origine. Un article sérieux indique d'où vient l'information, qu'il s'agisse d'une agence, d'un communiqué officiel, d'un document ou d'un témoignage recueilli. Un article qui ne cite aucune origine, ou qui renvoie vers un autre article qui n'en cite pas davantage, n'apporte aucune garantie.

Quand la source d'origine est un organisme public, un tribunal, une entreprise ou un institut statistique, il est presque toujours possible de consulter directement le document cité. C'est souvent plus rapide que de lire trois commentaires de ce document.

2. Vérifier la date

Un très grand nombre de fausses informations sont en réalité des informations exactes mais anciennes, remises en circulation dans un contexte où elles prennent un tout autre sens.

Cherchez systématiquement la date de publication, et distinguez-la de la date de mise à jour. Un article republié avec une nouvelle date d'affichage peut décrire des faits vieux de plusieurs années.

Méfiez-vous particulièrement des captures d'écran de titres de presse : elles ne portent presque jamais la date, ce qui est précisément ce qui les rend efficaces pour tromper.

3. Recouper avec des sources indépendantes

Recouper ne consiste pas à trouver plusieurs sites qui disent la même chose, mais à trouver plusieurs rédactions qui ont vérifié séparément.

Un bon indice d'un vrai recoupement : les articles ne sont pas rédigés de la même manière, ils apportent des détails différents et citent des interlocuteurs différents. À l'inverse, des formulations identiques trahissent une source commune unique.

Sur un sujet important, si une seule rédaction publie une information spectaculaire et qu'aucune autre ne la reprend au bout de plusieurs heures, c'est un signal : soit il s'agit d'une exclusivité solide, soit les autres n'ont pas réussi à la confirmer.

4. Examiner les images et les vidéos

Les images sont le vecteur le plus efficace de désinformation, parce qu'elles emportent la conviction avant tout raisonnement.

Trois vérifications simples : l'image correspond-elle au lieu décrit, les éléments visibles sont-ils cohérents avec la saison et le climat annoncés, le texte visible sur les panneaux, plaques ou enseignes correspond-il au pays mentionné.

Une recherche d'image inversée, proposée par la plupart des moteurs de recherche, indique en quelques secondes si une photographie circule depuis plusieurs années. C'est l'outil de vérification le plus rentable pour le temps qu'il demande.

Les images générées par ordinateur ont fortement progressé, mais elles présentent encore souvent des incohérences dans les détails secondaires : textes déformés, mains, reflets, arrière-plans répétitifs.

5. Repérer les signaux d'alerte

Certains éléments, sans prouver qu'une information est fausse, justifient une vérification plus poussée avant de la reprendre.

Un titre qui provoque une émotion forte immédiate. La colère et l'indignation réduisent le réflexe de vérification, et les contenus trompeurs sont fréquemment construits pour les déclencher.

Une absence totale de nuance. Les faits réels sont rarement entièrement d'un côté. Un récit sans zone grise ni contradiction est souvent un récit reconstruit.

Aucun auteur identifiable. Un article sans signature, sur un site sans mentions légales, sans adresse ni directeur de publication, n'engage personne.

Une urgence à partager. Les formules à diffuser largement ou avant que ce soit supprimé sont des marqueurs classiques de contenus manipulés.

Un chiffre isolé sans source. Un pourcentage sans organisme émetteur, sans date et sans méthode n'a aucune valeur démonstrative.

Que faire en cas de doute

La réponse la plus utile est souvent l'abstention : ne pas partager une information dont on n'est pas sûr coûte beaucoup moins cher que de participer à sa diffusion.

Plusieurs rédactions françaises disposent d'un service de vérification permanent qui traite les rumeurs les plus diffusées, et les organismes publics concernés publient des démentis quand une fausse information les concerne directement.

Enfin, un correctif compte : lorsqu'une rédaction publie une rectification, la lire et la diffuser vaut autant que d'avoir repéré l'erreur initiale.

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